Justine Pineault, étudiante du mois

mardi 24 février 2026 | Actualités

Comprendre les milieux de vie pour mieux prendre soin des populations



Pour Justine, la gentrification n’est pas un concept abstrait. C’est un phénomène qu’elle a observé et ressenti en grandissant dans un quartier de Montréal en pleine transformation. 

Au fil des années, elle a vu son environnement social se transformer et le marché du logement se resserrer. 

En devenant locataire à Montréal, puis à Sherbrooke, elle a réalisé que les conditions d’accès au logement de sa génération seraient différentes de celles de ses parents. 

« Voir son quartier changer autour de soi, sans pouvoir vraiment agir, ça peut laisser une trace. Quand de nouvelles personnes plus riches et de nouveaux commerces arrivent, les résidentes et résidents qui sont là depuis longtemps peuvent se sentir exclus, et parfois ils ne peuvent plus se permettre financièrement de rester dans leur quartier », explique-t-elle. 

Très tôt, elle est devenue sensible aux injustices sociales. Alors qu’elle faisait un stage en sociologie de l’énergie, à la fin de sa maîtrise en criminologie, une réalité l’a frappée : d’un quartier à l’autre, la qualité de vie, et même l’espérance de vie peuvent être très différentes. Des projets visant à améliorer un quartier peuvent, sans le vouloir, exclure certaines personnes. 

Quand le quartier devient source de stress 

Aujourd’hui, Justine étudie comment ces transformations affectent la santé mentale des jeunes adultes à travers une étude qui combine des analyses statistiques et des entretiens. 

Ses recherches montrent un lien clair : plus les logements sont perçus comme inabordables, plus la santé mentale souffre. La peur de devoir partir, l’incertitude financière et le sentiment « de ne plus pouvoir rester ici » pèsent lourd. 

Même si on parvient à rester dans son quartier, les changements sociaux jouent un rôle important : tensions entre voisins, ambiance différente, impression que le quartier perd son identité… Ces perturbations dans l’environnement social d’un quartier peuvent nuire au bien-être. 

Au-delà des perceptions des changements dans le quartier, il y a la façon dont les résidentes et résidents vivent cette expérience… Se sentir mis à l’écart dans un nouveau commerce, ne pas faire confiance aux nouvelles personnes du quartier... Ces ressentis, souvent invisibles, ont un impact réel sur la santé mentale. 

Pour Justine, la gentrification n’est donc pas seulement une question de bâtiments ou de loyers. C’est aussi une expérience concrète, vécue chaque jour par ceux et celles qui habitent ces quartiers. 

Comprendre pour mieux agir 

Son prochain objectif? Identifier quels groupes sont les plus touchés, que ce soit positivement ou négativement, selon leurs caractéristiques sociodémographiques comme leur genre, leur revenu et le fait d’être locataire ou propriétaire de sa résidence.  

Cette démarche permettra de dresser le portrait des personnes qui bénéficient de cette transformation, et de celles qui en souffrent, afin de mieux comprendre le phénomène. 

Son travail, à la fois réflexif et rigoureux, a été reconnu à l’échelle nationale. Justine a reçu la Bourse d’études supérieures du Canada en l’honneur de Nelson Mandela du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, ainsi qu’une bourse sur le logement de la Société canadienne d’hypothèques et de logement. 

Mais ce qui la motive vraiment dépasse les distinctions! 

« Je souhaite contribuer au bien-être de notre société en comprenant davantage comment les quartiers façonnent nos vies, en écoutant les personnes qui les vivent et en réfléchissant à des façons de faire en sorte que personne ne soit laissé derrière », conclut-elle. 


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